Dictionnaire tendance avec tous les mots qui forgent la puissance de nos médias et l'impuissance de nos politiciens. Pour se défendre des idées reçues et du politiquement correct.
Par Nick LEPAF
(Économique, Politique et Médiatique) Avec le peer to peer qui permet les échanges directs de personne à personne, l'ADSL qui augmente la rapidité de connexion et le MP3 qui est devenu un standard de compression des données contenant du son, le téléchargement de musique inonde le monde. Et le phénomène touche aussi les films, les jeux vidéo, les logiciels.
Nous devrions nous réjouir de cet extraordinaire engouement pour la culture. Mais non. Le président de la république, le ministre de le culture (et de la communication, si, si), les syndicats d'éditeurs et de producteurs lancent en chœur un cri : sus aux pirates ! Les activités de création seraient menacées, la diversité culturelle enterrée, les jeunes artistes peu connus sacrifiés. L'internaute doit choisir entre les téléchargements gratuits et illégaux ou des téléchargements payants donc légaux. Des procédures judiciaires ont été engagées contre des internautes, avec perquisitions au domicile, mises en examen et un risque encouru de 3 ans de prison et 300.000 euros d'amende. Sont-ils fous ?
Que les profiteurs de la vente des biens culturels, majors en tête, se battent de toutes leurs forces pour défendre leurs rentes de situation n'étonne guère. Mais que l'État, grand défenseur de l'exception culturelle française, soit leur complice n'est pas concevable, alors qu'il devrait lutter pour que le téléchargement gratuit et légal devienne un des droits fondamentaux de l'homme.
Pensez-vous vraiment que la Star Academy, le matraquage des radios et télévisions, la marchandisation des œuvres artistiques favorisent la création et la diversité ? N'est-il pas honteux que des artistes battissent des fortunes colossales non plus sur leurs œuvres originales, comme du temps des chanteurs de rues et de galas avant l'arrivée du microsillon, mais sur des droits exclusifs de propriété intellectuelle perçus sur la seule reproduction technique de leurs œuvres ? Et, à côté, 60% des auteurs sont payés au dessous du SMIC. Quant au jeune artiste inconnu qui arrache les pleurs du ministre, s'il en a dans les tripes et refuse de se glisser dans la peau d'une star instantanée, où va-t-il trouver son tremplin : chez les majors ? dans les radios commerciales ? à l'ABC ? à Bobino ? aux Trois baudets ? chez Patachou ?
Alors que faire ? La solution est tellement simple ! La meilleure façon d'éradiquer le téléchargement gratuit illégal. c'est de le rendre légal. Car si télécharger gratuitement des œuvres culturelles c'est du vol, pourquoi admirer un nu ne serait-il pas du voyeurisme, la Nuit de la musique du tapage nocturne et la Journée du patrimoine de l'abus de biens sociaux. En fait, il nous faut changer de modèle économique, comme c'est généralement le cas avec Internet.
Avec Internet, le modèle de show business, qui transforme toute parcelle de création de l'esprit humain en titre de propriété monnayable et échangeable, ne tient plus la route, et pourtant il y en a qui s'acharnent à le défendre becs et ongles, au lieu de revenir aux fondamentaux : le droit de la propriété intellectuelle est un équilibre entre le droit des créateurs à bénéficier des fruits de leur travail et celui de la société à bénéficier de la plus grande circulation des savoirs et de la culture. Cet équilibre est rompu aujourd'hui et il nous faut trouver un autre modèle, analyser la chaîne de valeur comme on dit, appliquer aux créations culturelles la philosophie du logiciel libre,... Aurons-nous le courage ? Courage ou pas, c'est inéluctable.
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